Se sentir chez soi, ça passe par quoi ?

Qu’est-ce qui fait qu’on aime ou non la ville dans laquelle on vit ? Cette question n’implique déjà pas une réponse simple. Il peut y avoir de nombreux facteurs déclenchant un amour ou une aversion pour son lieu de résidence : l’environnement immédiat (des tours, un lotissement, un vis-à-vis, le premier voisin à 3km, etc.), l’entourage (seul(e), en couple, entouré(e) d’amis, la famille à 500m, une 1/2 douzaine d’enfants, etc.), l’activité (une longue période chômage, des horaires de dingues, un métier artistique, etc.). Même s’il est nécessaire de bien réfléchir avant de répondre, c’est faisable. Par contre, la réponse à la question : « Quand vous êtes-vous rendu compte que vous aimiez/n’aimiez pas votre ville ? » est moins évidente …

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Mes différents lieux de vie

Je n’ai pas vécu dans de nombreuses villes, mais je suis née à Nîmes, commencé mes études à Grenoble avant de poursuivre à Montauban. Depuis 3 ans, je vis en Île-de-France où j’ai connu 3 villes (Villiers-sur-Marne, Evry et Villejuif). Mon petit périple, depuis mes 17 ans où j’ai quitté le doux foyer gardois m’a donc mené dans des villes très différentes les unes des autres, et chacune d’elle a fait naître en moi un sentiment différent.

L’angoisse : c’est ce que j’ai ressenti à Grenoble. Et pourtant, je connais des sudistes expatriées à Grenoble qui n’ont jamais été aussi heureuses que dans cette ville (spéciale dédicace à @RoseChiffon). Mais alors moi, qu’est-ce que j’ai pu angoisser là-bas ! Je me sentais oppressée par ces montagnes, engloutie par ces bâtiments gris, happée par ces coulées de neige grisâtres et polluées du centre-ville. Bref, je n’ai jamais été aussi malheureuse qu’à Grenoble. Cette ville a même failli me faire arrêter mes études. J’ai gagné la bataille, mais j’en garde une belle cicatrice au cœur, parce que je sais que je suis passée à côté de deux belles années, mes deux premières années de fac, celles où tu commences à vivre, pour de vrai … moi je suis un peu morte là-bas …

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Grenoble – Vue de la Bastille

La tranquillité : c’est ce que j’ai éprouvé à Montauban. Cette petite ville du Tarn-et-Garonne, à quelques kilomètres de Toulouse m’a permis de découvrir mon moi véritable. Cette douceur de vivre du début du Sud-Ouest, cette accessibilité des gens, cet esprit de quartier m’a touché, m’a fait me sentir bien, à l’aise, bref, m’a fait me sentir chez moi. Et ce n’est pas une question d’éloignement familial, j’étais moins souvent chez mes parents que lorsque je vivais à Grenoble (où un week-end sur deux, il me fallait absolument redescendre respirer à Nîmes). Je ne sais pas vraiment pourquoi Montauban a eu cet effet sur moi, peut-être les bâtiments chauds en briques rouges, peut-être ce concept de la petite ville tranquille mais avec toutes les commodités, je ne sais pas vraiment. En tout cas, pour finir mon parcours universitaire, je n’aurais su trouver mieux !

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Montauban – Vue du Pont Vieux

La vie à deux / à plusieurs : c’est ce que j’ai goûté en montant à Paris rejoindre Chéri, installé en collocation avec deux de ces meilleurs potes. C’est le début de la vie à deux, mais en même temps c’est une vie en communauté. Nous étions installés à Villiers-sur-Marne, sur le RER E, nous sortions beaucoup, on se marrait bien tous ensemble. Mais bon, je le sentais au fond de moi, Villiers-sur-Marne n’était qu’une ville de passage, un moment privilégié avant que nous prenions chacun notre envol. Et c’est ce qui arriva, 4 mois après mon arrivée. Aucun investissement dans cette ville pour ma part, si ce n’est faire le marché le dimanche.

Villiers-sur-Marne et son RER

Villiers-sur-Marne et son RER

La fatigue : c’est le sentiment qui a dominé les 12 mois passés à Evry. Cette commune de l’Essonne, à 40min de Paris, nous l’avons détesté, aussi bien Chéri que moi. Entre les heures de trajets démentiels qu’on devait se taper pour aller bosser (et surtout pour rentrer à la maison le soir), l’isolement à plus de 45min de RER de chez nos potes, les soirées d’anniversaire qui se transformaient en brunch pour que tout le monde puisse rentrer chez lui après … bref, c’était l’Enfer, et comme nous étions épuisés de nos semaines, le week-end, on ne faisait rien, ce qui n’a pas été un super coup de pouce pour notre vie de couple. Dès que les finances se sont améliorées, notre première résolution a été de mettre les voiles vers Paris ou sa très proche banlieue.

Evry - Le quartier des Pyramides

Evry – Le quartier des Pyramides

La paix : c’est à Villejuif que nous l’avons trouvée. Tous les deux. Sur le métro, à 1h du boulot, à 20min à pieds de Paris, dans un quartier tranquille … on connait les commerçants, on a nos habitudes, je vais courir dans les environs, Chéri fait du tir à l’arc au club de la ville depuis 2 ans, et moi je m’inscris l’année prochaine au badminton. Je ne me suis jamais sentie aussi bien, c’est même au-delà de la tranquillité vécue à Montauban. Ici, je suis chez moi. Ici, j’accepte de dire « Je suis de Villejuif » alors que jusqu’alors, j’étais « de Nîmes ». J’ai trouvé ma nouvelle ville, et j’en ai pris pleinement conscience hier.

Le déclic : là, tu le sais

Si tu penses davantage à un sentiment de bien-être lorsque tu t’imagines avoir trouvé « ta ville », il y a forcément un événement, un fait, un acte qui le prouve. Jusqu’à présent, je n’avais pas identifié ce fait, je n’en avais même pas conscience. C’est en rentrant ce samedi d’un barbecue (oui, oui, à Paris au mois de mars, on peut faire un barbecue, entre les gouttes certes, mais quand même) organisé par le club de tir à l’arc de Chéri que je me suis dit que pour une fois, j’allais faire ces 2km qui séparent le terrain de l’appartement à pieds, pour passer dans le Centre-Ville. Fulgurance dans mon esprit : devant l’Hôtel de Ville trône la Médiathèque Esla Triolet, et je n’y ait encore jamais mis les pieds ! Quelle honte pour une fille issue du milieu (je suis archiviste, mais j’ai aussi une formation de bibliothécaire) !

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Et soudain, second éclair de lucidité. Et si pour moi, le fait de me sentir chez moi passait par ça, par la médiathèque, espace culturel par essence d’une ville, lieu de la connaissance, de l’échange. En y réfléchissant, tout en fournissant à l’agent en charge des inscriptions mes informations personnelles pour obtenir le sésame, la carte de lecteur, je suis donc parvenue à cette conclusion : ni à Grenoble, ni à Villiers-sur-Marne, ni à Evry je n’ai eu envie d’aller à la médiathèque. Par contre, j’étais une fidèle adepte de celle de Montauban, et maintenant de celle-ci.

Ma vocation professionnelle est donc intimement liée à ma personnalité : quand je me sens bien dans une ville, je deviens usager de ses espaces culturels !

Vous êtes-vous déjà posé cette question ? Quand avez-vous pris conscience de votre amour pour votre lieu de vie, actuel ou passé ?

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6 réflexions sur “Se sentir chez soi, ça passe par quoi ?

  1. Très bel article plein d’émotions 🙂
    Pour ma part j’ai fait Nîmes ==> Montpellier (études), période géniale avec pleins de bons souvenirs et des rencontres fabuleuses ==> Le Cannet des Maures (Var) pour mon premier boulot, j’ai bien aimé la région la chaleur et les paysages ==> Brest (boulot) moyen bof bof tout ça car au boulot ça se passait mal, j’ai pas eu le coup de foudre pour la ville mais garde un excellent souvenir de la région bretonne ==> Angoulême (boulot), au bout de 6 mois je ne suis pas vraiment emballée par la région un peu triste et pas forcément accueillante.
    La prochaine ville ? Ahaha !

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    • Oui Mlle Lawra tu as un peu plus bougé que moi, boulot oblige ! Tu sais combien de temps tu vas rester à Angoulême ? Le Var, c’est un coin vraiment sympa, mais je ne sais pas si pour y vivre, c’est si dynamique que ça ? La Bretagne, ça me gagne pas trop trop j’avoue, mais je connais beaucoup de personnes qui adorent. En tout cas, bon courage pour ta vie angoumoisine !

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      • J’avoue que pour y vivre le Var c’est un lieu un peu cher (loyer, courses, voitures…) pas forcément l’idéal quand tu débutes. Après la Bretagne j’ai apprécié y vivre, mais pas à Brest. Quimper est une ville agréable à taille humaine par exemple avec un marché sympa ! Je vois que nous avons toutes testé le marché de notre ville (on ne rajeunit pas). Angoulême ne sera pas ma ville de toute ma vie, je ne me sens pas épanouie dans cette ville. Patientons cela ne fait que 6 mois.

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  2. Je suis vraiment d accord pour dire que ça dépend bien du contexte dans lequel on vit. Je n ai absolument pas une grande expérience puisque j ai fais Aubord, Nîmes et à ce jour Montpellier. Mais ma petite expérience m a fais comprendre qu on pouvait quand même développer certaines choses pour faire en sorte de se sentir mieux dans un lieu. Quand je suis arrivée sur Montpellier j étais trop contente je vivais avec mon copain sauf que j ai commencé à travailler en secteur psy où jai côtoyé une population particulièrement angoissante. Montpellier ne correspondait donc plus à l image que j en avais et l euphorie du début s estompait de jour en jour. J ai vu des choses tellement traumatisante!!!! Et le pire c est que la durée d hospit était de courte durée ce qui fait que je croisais les patients sans arrêt dans le tram, dans les rues… En sachant de quoi ils étaient capable, je me sentais en insécurité et je sortais donc très peu. Mes horaires de boulot étaient tellement horribles (4jours de boulot 1 jour de repos 4jours de boulot et 1week end sur 4 de repos👺) donc pas trop le temps de sortir…Cependant j étais dans l impossibilité de déménager si je voulais rester avec mon copain donc je me suis dis qu il fallait que je me débrouille pour transformer ce vécu négatif en quelque chose de positif. Pour cela il a fallu que j arrête de me braquer et que je m ouvre aux possibilités qu offre cette ville. Alors j ai quitté la psy j ai pris une année où j ai fais ce qui me plaisait en développant mon ouverture d esprit, en faisant du sport, des voyages, en développant mon côté artistique…en 1an je me suis construit un réseau dans un domaine qui me passionne, j ai fais du théâtre, j ai fais de l humanitaire grâce à une association de Montpellier, je me suis aussi inscrite à la médiathèque, je vais au marché et je connais de nombreux commerçants que j aime beaucoup, mon copain s est inscrit dans un club de magie et a développé sa passion a tel point que maintenant il fait parti du club… Bon l atmosphère que degage cette ville est toujours particulière pour moi mais la façon dont j y vis a changée, ce qui fais toute la différence…dans 1an et demi nous projetons d aller faire une expérience à l étranger nous verrons bien ce que ça donne…

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    • Merci Elo pour ce long témoignage ! En effet, l’environnement de vie joue énormément sur le ressenti qu’on peut avoir d’une ville / d’une région (au sens non administratif du terme). Par exemple, ce que j’ai vécu à Grenoble a surement été induit par ma rupture avec mon chéri de l’époque, cela remettait beaucoup de choses en questions et j’étais un peu paumée. Du coup, j’ai peut être associé cette ville à l’errance, au questionnement et à la perte de repères. Pour ce que tu as vécu par rapport à ton métier extrêmement éprouvant psychologiquement, c’est évident que tout est lié !
      Tiens-nous au courant de tes envies d’ailleurs, où comptes-tu partir avec ta moitié ? Pour exercer ton métier ou voir autre chose ?

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  3. Oups je viens de voir à l instant ton message😄. Oui certainement que Grenoble est associée à cette rupture. Mais je trouve que certaines villes provoquent des résonances qu on ne maitrise pas et du coup on ne sait pas pourquoi mais on ne s y sent pas bien. C est quand même mon cas à Montpellier même si comme j ai expliqué maintenant ça va un peu mieux avec ce que j ai mis en place. Sinon on aimerait aller vivre a la Réunion où la Nouvelle Calédonie… Mais que pour quelques temps style 2ans. Car au niveau de notre boulot on serait bien avantagés. J avais pensé au Canada seulement la spécialité d infirmier anesthésiste de mon copain n est pas reconnue la bas… Mais pour l instant faut mettre de l argent de côté ce qui n est pas ma spécialité lol

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